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Katanga : le trafic d\'œuvres d\'art bat son plein !
Kinshasa, le 06/07/2012
À la faveur de la corruption des douaniers, des antiquaires congolais se livrent à un pillage effréné des œuvres d\'art du Katanga au profit de collectionneurs occidentaux. Un trafic rentable qui choque les katangais et que dénoncent les chefs coutumiers.
Assis, côte à côte dans un cybercafé climatisé près de l\'Hôtel de ville de Lubumbashi, deux antiquaires congolais, l\'air très malicieux, ont été surpris les yeux rivés sur l\'écran d\'un ordinateur en train de scanner quatre photos d\'un masque à double face de l\'ethnie Hemba du nord du Katanga. « Comme il date du 13e siècle, notre acheteur devrait nous le prendre à plus de 80 000 dollars si le marché est conclu », a laissé entendre l’un d\'eux dans sa langue maternelle. Naïf, il pense sans doute que ses voisins internautes n\'ont rien compris... Cinq minutes après, tout souriants, les deux trafiquants d\'objets d\'art ferment la session et quittent l\'établissement. Dans le cybercafé, des voix s\'élèvent. « Tout le monde, y compris l\'ONU, produisent de nombreux rapports sur le pillage du cuivre, du cobalt, de l\'or ou de l\'uranium du Katanga, se plaint un internaute. Mais, personne ne parle du pillage sauvage des œuvres d\'art vers les États-Unis et l\'Europe ». En effet, comme les deux antiquaires de ce cybercafé, ils sont des centaines, marchands et trafiquants, à se livrer clandestinement au commerce d\'œuvre d\'art appartenant au patrimoine artistique et archéologique de la province. La législation congolaise interdit ce trafic mais, profitant de la faiblesse des pouvoirs publics et surtout de la corruption des douaniers, Congolais et expatriés ont organisé des filières spécialisées.
Exportations frauduleuses
La plus grande partie des objets est destinée à l\'exportation. « Certains collectionneurs occidentaux viennent sur place à Lubumbashi, à Kinshasa ou à Lusaka en Zambie », témoigne un antiquaire de Lubumbashi qui a requis l\'anonymat. Parfois, ce sont les marchands locaux qui vont livrer les objets d\'art aux collectionneurs. Ceux-ci prennent en charge leurs frais de déplacement et de séjour à l\'étranger. Tout ne se passe cependant pas toujours comme prévu. Les passeurs et antiquaires congolais sont souvent victimes d\'escroquerie. « Nous avons vendu à un collectionneur belge un masque rare Hemba vieux de 400 ans pour à peu près 42 000 $ US à Kinshasa, affirme un marchand de Lubumbashi. Mais, il nous a roulés. À ce jour, il nous doit encore près de 25 000 $ pour une autre vente de statuettes rares vieilles de 300 ans.\" Selon de nombreux témoignages, le trafic des œuvres d\'art date de l\'époque de l\'évangélisation et de la colonisation au 19e siècle. \"Les prêtres catholiques et les missionnaires protestants ont forcé les Noirs à se débarrasser de tous fétiches. Aujourd\'hui, on retrouve ces mêmes masques et statuettes dans les musées en Europe et en Amérique\", explique un employé de la Division provinciale de la Culture et des Arts à Lubumbashi. Quand ils n\'ont pas été purement et simplement détruits. Mais, le phénomène a pris de l\'ampleur ces dernières années. Les trafiquants ne lésinent pas sur les moyens. Ils sont désormais équipés d\'appareils qui leur permettent de distinguer les pièces originales des copies récentes habilement vieillies par un séjour de quelques semaines dans de la boue noire.
Un patrimoine culturel et historique dispersé
Depuis quelques années, les chefs coutumiers se plaignent du pillage des richesses artistiques et archéologiques de leurs territoires. Avant sa mort, en février dernier, l\'empereur Mwant Yav Tshombe (chef traditionnel des Lunda, une ethnie à cheval sur la RDC, l\'Angola et la Zambie, Ndlr) avait affirmé sa volonté de combattre ce fléau. \"Je connais même le nom d\'un missionnaire britannique qui détient aux États-Unis l\'original du grand masque Cikungu qui représente les ancêtres chez les Lundu et Tshokwe\", avait-il déclaré aux journalistes à Lubumbashi. \"L\'année dernière, les trafiquants ont profané la tombe du Roi Katanga Kyanana et ont emporté son \'fauteuil\' en cuivre datant du 14e siècle\", dénonce Louis Misongo, un habitant de Likasi, ville située à une centaine de kilomètres de Lubumbashi. Après avoir perdu le contrôle des minerais enfouis sous leurs terres, les habitants des villages du Katanga espèrent parvenir à protéger leur patrimoine culturel. Mais, avec l\'évolution technologique et les restrictions de la loi, il est devenu plus rentable et plus facile pour les trafiquants de vendre les \"vieux bois\" que de s\'adonner au trafic de cuivre, de cobalt ou d\'uranium qui demande d\'importants moyens.
Jules Ntambwe
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