|
Vite, Matata !
Kinshasa, le 07/05/2012
Le gouvernement est déjà connu. Le programme d’action est aussi là. Il reste qu’aujourd’hui, les Députés s’y mettent. L’exercice sera sans nul doute âpre. D’autant qu’il s’agit, pour la plupart de ces nouveaux élus, d’une première prestation au sein de l’hémicycle ; d’une première démonstration de leur capacité à agir en amont, avant de donner feu vert à Matata Ponyo ainsi qu’à l’ensemble de son équipe, pour le début de son travail. Lire le programme est une chose. Mais, le scruter, pour en dégager des failles ou insuffisances, en est une autre. Depuis le 20 décembre 2011, date à laquelle Kabila a été investi, point n’est nécessaire, en effet, de rappeler que le pays tourne en rond. Les institutions sont restées dans une sorte d’expectative collective qui ne dit pas son vrai nom. Du coup, le régime des intérimaires s’est installé. Muzito s’en est allé. Koyagialo est arrivé. Puis, enfin, au jour d’aujourd’hui, c’est le tour de Matata Ponyo. Il faut dire, en tout cas, que le temps est passé sous le pont alors qu’on en avait, pourtant, besoin, pour s’attaquer aux multiples et complexes défis qu’impose la révolution de la modernité. Aujourd’hui donc commence le bel exercice, celui de faire parler ces Députés, après les législatives aux résultats querellés sur fond de critiques acerbes de la part des observateurs médusés. Le travail, le vrai, commence alors, par l’examen du programme Matata ou, du moins, dans ses lignes boulevardières axées sur les réformes structurelles à engager dans tous les secteurs de la vie nationale. De cinq ans que comptait constitutionnellement cette nouvelle législature, il n’en reste plus que quatre ans et quelque huit mois. Ceci veut dire que les Députés, même s’ils ne sont pas directement comptables du retard accumulé, ils n’en demeureront pas moins concernés, lors de la sanction populaire qui interviendra lors de la prochaine saison électorale, à l’horizon 2016. C’est la raison pour laquelle, pour se tirer d’affaire, les Députés Nationaux ont la lourde charge de libérer la République, dans ce qu’elle a de bras séculier, en vue de l’exécution, après tous ces ratés et moult tergiversations dus au lourd tribut lié aux contentieux électoraux, sans oublier son chapelet de frustrations et d’incertitudes. Les Evêques congolais en savent, d’ailleurs, quelque chose, à cet effet. Cette session ordinaire devait, normalement, juste après l’affaire du gouvernement, entrer dans sa phase décisive, avec l’examen de la loi budgétaire qui, jusqu’ici, fait défaut. La marche en dents de scie du pays est, aux yeux de plusieurs analystes, à la base de toutes les menaces de grève enregistrées. Les médecins, eux, n’attendraient que l’adoption, dans un proche avenir, de cette loi des finances publiques, pour relancer leurs revendications résiduelles. Pas plus loin d’eux, les infirmiers et les fonctionnaires s’agitent. A l’Est, pendant ce temps, les bruits de bottes retentissent déjà. Ce sont là, des signes qui démontrent qu’en l’absence de l’autorité de l’Etat, ce sont les forces du mal qui prennent le dessus sur des parcelles entières du pouvoir à divers points reculés du territoire national. Chose qui, du reste, est à condamner. Et, là, le gouvernement a du pain sur la planche. Son volet sécuritaire étant impliquant la mobilisation immédiate des moyens tant matériels qu’humains, pour chasser la gangrène qui, à une échéance plus ou moins brève, est capable de tout chambouler, y compris la menace contre le régime. Voilà pourquoi, l’armée et la police sont tenues d’y remettre de l’ordre, peu importe le prix à payer. Matata, en économiste, raisonnait ‘’finances’’, ‘’monnaie’’, ‘’crédit’’, est appelé à changer désormais son fusil d’épaules. La donne de la sécurité lui dicte une autre manière de voir les choses. N’est-ce pas que les Députés du Nord et Sud-Kivu le lui ont demandé, la semaine dernière ! Certes, il va falloir qu’il y réponde. Mais, en tout état cause, le nouveau Premier Ministre, une fois libéré au Parlement, est placé devant toutes ses responsabilités. Il doit vite passer aux actes, ce Matata ! Que les technocrates qui sont à ses côtés, se coupent en quatre, pour donner, chacun, le meilleur de lui-même ! On les jugera à la pièce !
Marcel Ngoyi
|